Charles Baudelaires, "L'Albatros"

 

Objet d’Etude : La Poésie

 

Séquence 4 : La Poésie Moderne

 

Texte 2 : Charles Baudelaire, « L'Albatros », Les Fleurs du Mal

Un autre commentaire tres détaillé: http://fiches.skyrock.com/3.html


L’Albatros

Charles Baudelaire

Introduction : 

    Ce poème est extrait de "Spleen et idéal", la deuxième partie du recueil Les Fleurs du mal. Cette partie évoque l'homme déchiré entre l'aspiration à l'élévation et l'attirance pour la chute, déchirement à l'origine de l'envie nommé spleen, indissociable de la condition humaine et qui finit par triompher. L'albatros traduit chez Baudelaire la conscience d'être différent des autres. Baudelaire a recours à une image très suggestive pour dépeindre sa propre condition dans une société qui l'ignore complètement. L'image de l'albatros capturé évoque l'idée d'un être totalement étranger au monde qui l'entoure. Baudelaire faisait partie de la génération des poètes maudits, c'est-à-dire non compris par les gens de son époque. Les trois premières strophes concernent l'albatros tandis que la dernière est dédiée au poète.

Problématique : la signification allégorique du poète.

La parabole du poète oiseau

A- Une double analogie
- Une double comparaison

B- L'élévation
-Les thèmes du poète

- La verticalité, l'aspect aérien.

- L'aspect sublime 

- L'isolement, la solitude

- La situation de la victim


Un univers soumis à de fortes tensions

A- Le jeu des antitheses

B- Le jeu sur les sonorities

C- Le mouvement des phrases


III –       Les symboles d'une chute

  A- Une image symbolique

        B- La portée des images

Conclusion : 

Selon Baudelaire, la place du poète dans la société est comparée à un albatros : majestueux dans le ciel, son élément, mais ridicule sur terre et au contact des hommes. De même, le poète se situe au-dessus du commun des hommes pour ses poèmes, mais mêlé à la foule, il n'est rien et devient ridicule. Baudelaire faisait ainsi partie de la génération des poètes maudits, c'est-à-dire non compris par les gens de son époque.

 

 

D'après Profil d'Agathe: 


I) Anecdote et dramatisation
    1) Le lieu
    2) Les acteurs
    3) L'acteur

II) Du récit au symbole
    1) le refus du pittoresque
    2) L'identification de l'albatros et du poète

III) Le Dechiffrement
    1) La solitude du poète et de l'homme de génie
    2) L'albatros: une figure de grandeur
    3) une contrepartie douloureuse: un sentiment d'inadaptation et d'exclusion

=> Si "L'Albatros" reprend un des thêmes favoris du romantisme, celui du poète qui se sent étranger dans une société qui ne le comprend pas, il le traite au moyen d'une ecriture bien particulière, superposant constamment deux niveaux différents: l'un réaliste, l'autre symbolique. Par ailleurs, le poème se trouve dynamisé par une réflexion manichéenne, symptomatique de l'esprit Baudelairien: grandeur et chute, spiritualité et matérialité, ciel et terre, poète et foule s'opposent sur un plan moral et symbolique. Cette tension perpétuelle entre les représentations du bien et celles du mal trouve sa source dans le thême chrétien de la faute originelle et de la chute qui hante le poète

 

 

Note de Palmyre:

 

Introduction :

Ce poème est extrait de "Spleen et idéal", la première partie de l’œuvre Les Fleurs du mal, recueil de poèmes publiés par Baudelaire en 1857. Considérée comme choquante, l’œuvre a du être revue et corrigée. Dans Les Fleurs du Mal, Baudelaire exprime ses angoisses, ses doutes et ses espoirs. Cette partie évoque l'homme déchiré entre l'aspiration à l'élévation et l'attirance pour la chute.

Dans L’Albatros, l’oiseau libre maltraité par les hommes illustre cette double obsession. Le poème est structuré en quatre quatrains dont les trois premiers sont descriptifs alors que le quatrième prend une valeur symbolique. Baudelaire a préféré l’albatros à l’aigle royal des romantiques ou au condor de Leconte de Lisle ; c’est un symbole plus douloureux, celui de l’homme cloué au sol et aspirant à l’infini, celui du poète incompris sur terre. Sous couvert d’un récit anecdotique, Baudelaire nous livre les modifications du statut de l’oiseau, dont la portée symbolique devient claire dans le denier quatrain. Les registres sont le sublime et le grotesque.


I. Deux conceptions du monde qui s'opposent :



A. Deux espaces confrontés : le ciel et le pont bateau:

Opposition :    *par la dimension : l’infini, l’ouvert sont confrontés au limité, au fermé,
                        *par la connotation : la liberté, l’évasion sont confrontés au plat, au terre à terre, à l’absence d'élévation.
Les adjectifs valorisants (« azur » v.6 et « nuées » v.13) se rapportent au ciel et les termes dévalorisant se réfèrent au sol, au pont du bateau (« exilé sur le sol » v.15).

La quatrième strophe est divisée en deux parties : l’une ayant pour sujet les cieux, et l’autre la terre. L’opposition entre les deux espaces est donc bien marquée dans cette dernière strophe.


                                                                                                                                                    B. Deux mondes confrontés : l’oiseau et les marins ;

Dès qu’il se pose au sol, l’oiseau est en proie à la cruauté des marins. L’allitération du « v » dans la première strophe donne une impression de monde calme et fluide, le ciel, tandis que l’allitération du « s » et la répétition du son « eu » à la troisième strophe donne l’impression d’un monde plus brutal et trivial.

 

 

II. Les modifications d’une situation :

 

A. Le changement de lieu :

Entre la première et la deuxième strophe, un changement de lieu est perceptible ; on passe des cieux  au pont du navire avec l’antithèse entre « planches » au v.5 et « azur » au v.6. Ce changement de lieu va avoir une incidence sur le comportement et l’aspect de l’oiseau ; jusqu’alors majestueux, il va devenir « gauche » et « infirme ».

 

B. Le changement d’aspect, de comportement :

L’albatros est mis en valeur dans son univers :                                                                         •Champ lexical de la majesté :                                                                                                     * Pureté (« azur » v.6 et « ailes blanches » v.7)
* Puissance, domination (« rois » v.6 et « prince » v.13). L’albatros règne dans le ciel. •Utilisation de périphrases et de métaphores pour parler de l’oiseau (« voyageur ailé » v.9)            •Rythme des vers lent évoquant la majesté de l’albatros                                                              •Caractère pacifique, aucune présence d’hostilité envers les humains : « compagnon de voyage » au v.3.                                                                                                                                                                                              

Mais cette image valorisante s'inverse dès la deuxième strophe :
•Champ lexical antithétique au premier, celui du ridicule et de la souffrance (« maladroits » v.6, « honteux » v.6)                                                                                                                        •Utilisation de termes précis, brutaux, des adjectifs groupés par deux qui insistent sur le misérabilisme de la situation (« gauche et veule » v.9, « comique et laid » v.10).                      •Rythme haché, phrases courtes à la troisième strophe évoquant sa souffrance.          •Oxymore : « infirme qui volait » v.12. Du vol royal, on passe au boitement de l’infirme.
• Les variations de temps: passage du présent à l’imparfait ; notation temporelle « naguère » au v.10 révèle une majesté, une liberté désormais finies.

 

C. Le changement de nature :

Peu à peu, par sa maladresse et son statut de martyr, l’oiseau s’humanise. On trouve en effet dans le texte de nombreuses figures d’analogie : une métaphore au v.3 avec « indolents compagnons de voyage », une périphrase au v.6 avec « rois de l’azur » et au v.9 avec              « voyageur ailé » ; la personnification présente dans la dernière strophe avec le terme             « infirme » clôt les trois quatrains descriptifs et annonce la fusion définitive entre l’oiseau et le poète.

 

 

III. Un récit allégorique :

Le changement de nature de l’oiseau abordé un peu plus tôt entraine donc une réinterprétation des personnages: le « voyageur ailé » devient le poète, les hommes d'équipage la société, et le bateau le théâtre social.

 

A.L’albatros symbole du poète :

•L’albatros vit dans espace aérien : le poète s’évade dans le monde des rêves, planant ainsi au-dessus de la réalité. Quand il est la haut, se moque des gens en dessous (« se rie de l’archer » v.14). Sur Terre, il est exilé, inadapté à la société. Baudelaire donne donc l’image du poète vivant dans monde à part.
•Il est victime de la cruauté des hommes ordinaires : comme l’albatros, il est sujet aux moqueries car incompris de la société.
•Le dernier vers exprime le drame du génie : sa grandeur fait sa misère.

 

B. Le symbolisme de l'équipage :
•L’équipage est toujours envisagé comme un ensemble anonyme, une masse indifférencié (« ils » v.5). Ils représentent la société.
•Ils ne sont pas familiers au monde de l’oiseau, comme la société ne l’est pas à celui du poète.
•Leur monde est sans hauteur, sans élévation, sans spiritualité...
•Pour rompre l’ennui, les marins se divertissent en se moquant et en étant cruels. Le mot « souvent » est mis en lumière par le fait qu’il est le premier mot du poème.
•Le terme « brûle-gueule » est un terme trivial: il accentue la bassesse des marins, leur comportement barbare.


C. Le symbolisme du bateau glissant :
•L’expression « navire glissant » au v.4 crée une atmosphère calme mais qui peut être bouleversée à tout moment par un tempête: le navire représente la société.
•Les hommes et le poète devraient être solidaire car ils sont tous sur le même bateau symbolique : la condition humaine devrait les réunire.


Conclusion :

Avec ce poème, Baudelaire, compare le poète a l’albatros: majestueux dans le ciel, son élément, mais ridicule sur terre et au contact des hommes. Il place le poète au-dessus du commun des hommes, il est le « prince des nuées » volant au dessus des « gouffres amers ». Mais mêlé à la foule, il n'est plus rien.

 

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