Rabelais, "Lettre de Garguanta à Pantagruel"


Objet d’Etude : Etude d’un mouvement littéraire

                            Argumenter : convaincre, persuader, délibérer

Séquence 1 : L’Education Humaniste

 

Texte 2 : Rabelais, « Lettre de Garguanta à Pantagruel », Pantagruel

 

 

Rabelais écrit les aventures de Pantagruel en 1532, avant de publier en 1535 celles de son père, roi d’Utopie. Ces géants incarnent l’appétit et la soif de savoir humaniste, tout comme Rabelais qui étudia la médecine, le droit après avoir été moine.

 

Rabelais est incarné par Gargantua, il est le père fondateur des programmes d’enseignement des humanistes. De même, Pantagruel représente la société qui a l’obligeance de suivre le programme du Père de la société.

 

 

Le XVIème siècle est le siècle de la découverte et de la connaissance. Nous redécouvrons les textes antiques et cherchons l’évolution de l’homme et de la société. Dans cet extrait, Rabelais nous montre l’exemple à suivre en matière d’éducation, un des fondements de l’Humaniste.

 

La thématique  de l’éducation s’inscrit dans l’intrigue du grand roman de Rabelais ; en effet lorsque le père de Gargantua, Grandgousier s’est rendu compte à quel point ses précepteurs sophistes avaient rendu son fils « fat, niais et ignorant », il l’a confié à un pédagogue Ponocratès qui a inauguré une pédagogie révolutionnaire pour son temps. Dans notre extrait, c’est Gargantua qui écrit à son fils pour lui faire ses recommandations en matière d’éducation.

Question 1 :Nous allons voir quelles conceptions de l’éducation du XVIème siècle se dégagent de cette lettre fictive.

à  Plan I                           ou                                Plan II

I Une lettre fictive                                                               I La lettre et son objectif

II Un exposé méthodique et argumenté                                                           II Un programme intellectuel        

III L’idéal pédagogique humaniste                                             III Un idéal social, moral et religieux

Question 2 : Nous allons voir en quoi ce programme reflète la pensée humaniste.

à Plan II I

I la dimension encyclopédique

II Une pédagogie ambivalente     

III L’éducation morale

 

Exemple de problématiques

1) En quoi ce texte met-il en valeur l’idéologie humaniste ?

2) Dans quelle mesure peut-on dire qu’il s’agit d’un programme d’éducation complet ?

3) Quelle est la visée didactique et morale de ce texte ?

 

*

*   *

Plan I

I Une lettre fictive

1)      Les marques du discours/ les indices de l’énonciation

*Emetteur et destinataire clairement définis : apostrophe « mon fils » (l.21 et 70), « ton père » en signature

Le jeu des pronoms personnels : « je t’engage à employer ta jeunesse », « je veux que tu saches » l.36, « je veux que tu t’y donnes », « que je voie en toi » l.49, « je veux que tu mesures tes progrès » l.54, l.67

*La date et le lieu donnés à la fin du texte, conformément à l’usage de l’époque. (Erasme avait écrit un traité pour expliquer l’art de la lettre)

Indicateurs de temps ancrés dans l’énonciation : « maintenant » l.1, 9 et 50 ; « désormais » l.10, « aujourd’hui » l.12

*Formule de politesse finale surprenante avec le mot « Amen ». Ce mot qui appartient au vocabulaire liturgique veut dire en fait en hébreu : « vrai, certain » ; sa traduction en français est « ainsi soit-il » , soit « qu’il en soit ainsi ». On voit donc ici que cette formule en fin de lettre reprend ce qui est dit dans la lettre sur l’importance de la connaissance des langues anciennes tout en soulignant l’importance du rattachement de la science à l’amour de Dieu.Il y a un sens religieux mais aussi un sens laîc .

2) Une lettre utopique

La lettre est envoyée d’Utopie, ville imaginaire inventée par Thomas More dans son œuvre Utopia publiée en 1516 et qui influença Rabelais.

La dimension utopique se voit dans les marques de l’exagération : l’énumération de la l.12 signale le rêve utopique de Gargantua : «  je vois les brigands, les bourreaux, les aventuriers, les palefreniers d’aujourd’hui plus doctes que les docteurs de mon temps. » ; Il y a également une dimension visionnaire dans le « je vois ».

Cet idéal utopique se voit aussi avec l’adverbe « parfaitement », l.25 ou l’adjectif « parfaite » l.45 ;

Il se voit également dans l’exigence du programme : « quand tu auras acquis tout le savoir humain » (l.67)

Cette impossible exigence est marquée par

-les énumérations (l .32 et 39)

-la double négation : « qu’il n’y ait pas d’étude négative que tu ne gardes » l.29 ; dans les propositions  « qu’il n’y ait mer, rivière ni source dont tu ignores »l.39 , « que rien ne te soit inconnu »l.42: on repère une double idée négative;

-les anaphores du déterminant « tout » par exemple l.40 ; du verbe « je veux que » aux lignes 25, 36, 38 et 54.

-l’expression

2)      La lettre touchante d’un père à un fils

Le ton spontané de la lettre, imitant celui d’une conversation : Modalisateurs : « me semble-t-il »l.8, « que dire ? »l.14

Le père cite son expérience personnelle : l.15 à 20

Il rappelle des souvenirs d’enfance et insiste sur les liens  intimes avec son fils : « des arts libéraux, je t’en ai donné le goût quand tu étais encore jeune, à cinq ou six ans » l.32

Emploi du pronom « me » l.37 avec une valeur affective : pour moi

L’évocation de la mort du père apporte une tonalité touchante : l. 20 et l.68-69

II Un exposé méthodique et argumenté

Un locuteur qui exprime des jugements de valeur: un vocabulaire connoté négativement : l.2 : le grec dont l’ignorance est une honte », « un homme qui se dit savant » ; opposition « divine, diabolique » l.6 ; connotations positives : « louables exemples »

 Une succession de paragraphes ; notamment pour énumérer les différentes disciplines.

Des structures identiques pour introduire les disciplines (l.32, 36, sur le modèle latin : de + ablatif :  « à propos de » qu’on trouve dans les titres latins.

Des connecteurs logiques : « c’est pourquoi » l.21 ; « et quant à » l.38, « puis » l.43, « en somme » l.49, « afin de » l.51, « mais » l.58, « parce que »  l.58, « et quand » l.67, « afin que » l.68

Des parallélismes : l.23 ; insistance sur la progression : « premièrement », « deuxièmement » l.26 ; « d’abord », « puis » l.47

Des arguments d’autorité : selon le Sage Salomon l.58

Des formules au présent de vérité générale : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

III L’idéal pédagogique humaniste

1)      La nouveauté

Répétition de l’adverbe de temps « maintenant » : l1 et 9 ; en opposition à « de mon temps » l.13

Emploi d’adverbes pour montrer la différence entre les deux époques (avant…alors que maintenant) 

2)      La variété des disciplines et la diversité des méthodes (compléter avec infra Plan II, II )

 

Pantagruel signifie « soif de connaître » en Grec

 

Il importe de stimuler la curiosité plus que d’assommer par une masse de savoirs , comme le montre la légèreté du ton, rendue par les énumérations.

Le plaisir d’apprendre est évoqué : « je me délecte volontiers »l.17

Gargantua préconise l’apprentissage des langues anciennes dans un but précis : l’accès aux textes bibliques. Rabelais était partisan du retour à l’Ecriture comme seul fondement du christianisme, encourageant de nouvelles traductions et interprétations.

Gargantua-Rabelais refuse que l’enseignement soit purement livresque ; il faut une mise en pratique, une expérimentation (dissection l.45). On voit avec l’exemple des sciences naturelles que l’apprentissage doit être concret : en effet l’énumération des éléments de la nature montre bien qu’on doit aller du concret au général.

Le programme doit être équilibré : « quelques heures par jour » l.46 pour la lecture de la Bible.

 

La religion est ancrée dans le texte


 

 

L’Honnête Homme (ça c'est relatif à l'idéal du 17eme siécle, les humanistes, c'est "l'homme mêle", selon Montaigne), il doit tout savoir, tout connaître, mais aussi pouvoir protéger ses amis et sa famille, ainsi que son devoir envers l’Eglise : être un bon chrétien

 

La méthode allie la mémorisation exigeante (l.34-36) et les travaux pratiques (dissection).

Une méthode complète : enseignement vivant et oral,  observation (l.23-24), mémorisation, lecture, comparaison (l.37), exercices pratiques .

 

Champ lexical des sciences, ce qui montre l’importance de posséder une palette de connaissances

 

Insiste sur la philosophie et l’écriture sainte (« amen » à la fin)

Nombreuses Références à l’antiquité (Platon, Aristote, Cicéron)

Champ lexical du langage (cela montre la lourdeur du programme de Gargantua)

 

 

3)      L’importance de l’homme

« Acquiers une connaissance parfaite de l’autre monde qu’est l’homme ». Comprendre que l’homme est aussi complexe que le monde, un microcosme dans le macrocosme. Reconnaitre l’homme comme un sujet de connaissance.

L’enseignement est pour tous : aussi bien pour le fils du roi d’Utopie que pour les brigands, bourreaux, aventuriers, palefreniers » l.12 ; également pour les femmes et les filles l.14

L’homme à la fois corps, intellect et âme spirituelle (lire Gargantua, 21)

 

Plan II

I La lettre et son objectif

1)     Les indices de l’énonciation

Voir supra

2)     Le ton de la lettre

*Fermeté et autorité : « anaphores de « je veux » ; phrases injonctives « qu’il n’y ait pas », « que je voie en toi » (l.49) ; expression de l’obligation : « il te faudra » ; impératifs : l.33 à 35 ;  l.43 « relis soigneusement », « acquiers » l.45, « commence » l.46 ; l.62 à 68 : « méfie-toi », « ne prends pas sois serviable », aime-les comme toi-même, « révère », « fuis », « ne reçois pas » ,« reviens vers moi ».

* mais aussi tendresse et intimité  (voir supra Plan I, I, 3)

3)     L’objectif de la lettre

Invitation à l’étude

Référence à Utopia de Thomas More. Utopia, ville parfaite avec des organisations sociale et politique idéales. Cette référence montre que l’objectif de la lettre est de souligner le lien entre l’éducation et l’organisation de la société.

 II Un programme intellectuel

1)     Le goût du savoir et accumulation des connaissances.

Champ lexical du savoir très développé : « savant » l.3, « docte » et « docteur » l.12, « apprendre » l.16, 17 et 25, « savoir » l.22 et 67, « connaissance » l.45-49 ; « science » l.49 et 50.

L’expression « abîme de science », qui reprend d’ailleurs l’expression figurée « au ventre des abîmes » l.41 insiste sur la profondeur. Le mot « abîme » vient du grec (a-bussos) qui veut dire sans fond ; il a désigné l’enfer ou les profondeurs de l’océan ; depuis le XVème le mot s’emploie au figuré pour évoquer le degré extrême.

2) Le pôle littéraire

Le rôle des langues anciennes (l.2-3 : le grec, l’hébreu, le chaldéen, le latin ; l.25 les mêmes + l’arabe) en vue de mieux connaître l’Ecriture sainte. Ces connaissances ne sont pas gratuites et sont exploitées pour la connaissance suprême à l’époque : la lecture de la Bible dans le texte, privée de ses commentaires et de ses médiateurs.

Références à Platon et Cicéron

Appel à une large culture, allant du droit civil, à l’histoire naturelle et la géographie en passant par la philosophie .

3)Le pôle scientifique

La géométrie et l’arithmétique qui sont abordés dès le plus jeune âge (5 ou 6 ans)

Les règles de l’astronomie

La dissection en médecine (d’ailleurs pratiquée par Rabelais à une époque où elle était encore exposée à de graves sanctions de la part des autorités civiles et religieuses)

On remarque que la musique est associée aux mathématiques, comme c’était le cas déjà dans l’Antiquité. En effet Platon dans La République  dit que la musique est bonne pour inculquer le sens de l’ordre et de la mesure aux enfants. Mais rapidement elle doit être remplacée par les mathématiques, les musiciens étant chassés de la cité idéale.

On remarque aussi que les disciplines artistiques ne sont quasiment pas évoquées.

III Un idéal social, moral et religieux

1)     Un idéal social et moral

Solidarité : « secourir nos amis dans toutes leurs difficultés »l.52

Rôle du chevalier hérité du système féodal du moyen âge : « défendre sa  maison » l.52

Importance des liens de communication : participer à des débats, fréquenter des lettrés : « soutenant des discussions publiques sur tous les sujets ».

2)     Un idéal religieux

 « servir, aimer et craindre Dieu » l.60

Champ lexical de la religion : foi, âme, charité, péché

Amour du prochain tiré de l’évangile : l.64-65

Connaissance des textes sacrés

Refus du monde  et de ses futilités

 

Plan III ( à compléter avec ce qui a été vu supra)

I la dimension encyclopédique

1)      un abîme de science

2)      les langues anciennes

3)      un enseignement complet abordant toutes les disciplines

II Une pédagogie mixte

1)      un aspect traditionnel : la mémorisation

 

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