Coménius, La Grande Didactique

Objet d’Etude : Etude d’un mouvement littéraire

                            Argumenter : convaincre, persuader, délibérer

 

Séquence 1 : L’Education Humaniste

 

Texte 4 : Coménius, La Grande Didactique

 

La Grande Didactique ou l’art universel de tout enseigner à tous
Jan Amos Komensky, dit Coménius (1592-1670)
Quelques éléments biographiques
Il vécut en Moravie mais en 1627 un édit impérial contre les non catholiques l’obligea à s’exiler à Amsterdam. Il fut évêque de l’Eglise des Frères moraves, groupe réformateur au sein de l’Eglise. Ce groupe, s’inspirant de la pensée de Jan Hus (1369-1415), souhaitait restaurer une Eglise authentique, refusant le décorum, les dignités, la théologie trop savante, mais exigeant que chacun puisse étudier la Bible personnellement. Ce souci entraînait une conception démocratique et surtout une attention croissante à l’éducation.
La Grande Didactique fut publiée d’abord en tchèque en 1632 puis traduite par Coménius en latin « pour que tous puissent la lire »
Il est un contemporain de Descartes qui publie son Discours de la méthode en 1637.
Comme Montaigne Coménius s’opposa aux écoles de son temps qui « étaient des chambres de torture pour l’intelligence d’où ne sortaient que des âmes sauvages, des mulets sans frein et dissolus. »
---------------------------------------------------------------------------------------------------------Analyse du texte

I L’argumentation
1) Une simulation de dialogue
Un jeu de questions-réponses
 « on objecte » l.1  et 39; l.2 « je réponds » ; l.6 ; « j’ajoute ceci » ; l.18 « on dira encore » ; l.24 « j’insiste ».
Emploi de questions rhétoriques
2) Les outils pour convaincre et persuader
 « on »
à « nous » (disons-le » l.15)à« je »
Recours à la concession : « certes » l.19, « toutefois » l.28, l.32
Argument d’autorité (Aristote) l.47
Rythme ternaire (l.9 et 10, l.15 et 16)
A cette argumentation, Coménius ajoute une anecdote (l.42)
3) Un raisonnement analogique
*Le recours à l’analogie permet une pédagogie par l’exemple.
Emploi récurrent de la structure « de même » (l.23, 37, 55,64).
Analogie avec la végétation l.4
Analogie de la montagne et de l’escalade l.7. Champ lexical : « rochers/péripéties/sommets »
Analogie entre la langue imprégnée par la boisson et l’esprit, l.55
Analogie entre l’éducateur et l’artisan (l.61 à 66) ; entre l’élève et la laine brute (l.67)
Exemple du miroir sale ou de la table raboteuse l.19
*Comparaisons : « des bois impropres à être redressés » l.33.
Cette argumentation analogique correspond à une théorie de la connaissance selon laquelle connaître les choses consiste à en reconnaître les différences et les ressemblances.

II Les bases d’une éducation nouvelle
1)Le rôle du maître
Le maître est comparé à un jardinier : l.4 « celui qui sait où, quand, comment chaque graine ou chaque racine doit être plantée. »
Le maître est aussi tenu pour responsable des échecs (l.45)
Coménius dit ce qu’un bon maître doit faire (l.64) tout en soulignant ce que font les mauvais maîtres avec des questions rhétoriques (l.59, 65)
2) Le rôle de la méthode
Comparaison de la méthode à une échelle (l.7 à 17). Le mot « méthode » vient du grec « odos » qui veut dire route. Il y a donc bien l’idée d’un parcours avec des étapes.
La méthode rend tout possible (« pourvu que » introduit une condition). La méthode permet de supprimer tout déterminisme.
3) Le rôle de la patience
Connecteurs de temps : « alors » l.21 et 22
La patience du maître consiste à débarrasser l’élève de ce qui l’empêche d’accéder au désir d la connaissance. l.58

III Une éducation pour tous
Tout doit être enseigné à tous
1)L’analogie entre l’élève et la plante
Elle est reprise par la métaphore filée du jardinage. Anaphore de « toute ».
2)Une confiance en l’homme
Les aptitudes et le goût du savoir sont partagés par tous. Répétition du déterminant « tout » (l.3, 17, 24)
La responsabilité de l’échec incombe aux parents ou aux éducateurs.
3)L’absence de déterminisme

Conclusion : Pour Coménius,  la volonté d’une éducation pour tous ne vient pas de principes politiques ou sociaux mais religieux. La vie éternelle est le but final de l‘être humain. La vie sur terre est comprise comme la préparation à l’éternité. Chacun doit donc approfondir sa connaissance des Ecritures et donc s’instruire.


Citations de La Grande Didactique
*l’éducation pour tous : « A l’armée on associe conscrits et vétérans, faibles et robustes, indolents et vaillants. Ils s’avancent sous le même drapeau, commandés par le même chef. De même dans les troupes du savoir, il faut mêler les esprits lents et rapides, les obtus et les éveillés, les têtus et les dociles. Tant qu’ils auront besoin d’être guidés, ils le seront suivant les mêmes règles et les mêmes exemples. A la sortie de l’école, le cursus scolaire accompli, chacun prendra la route à son pas. » (ch XII)
*trouver le savoir en soi : « Pour tout arbre, l’écorce, les feuilles, les fleurs, les fruits, tout ce qui se développe provient des racines et non d’ailleurs. La nourriture, l’eau passent par elles pour nourrir les parties supérieures. Ainsi le jardinier qui transporte des marcottes emporte-t-il de la terre avec les racines. De même l’oiseau n’emprunte passes plumes à un autre volatile, mais les fabrique à parti de ses propres organes internes. Quant à l’architecte, s’il n’assoit pas ses fondements d manière solide, alors les poutres ne reposent sur rien et la construction est vouée à la ruine. Ainsi celui qui prépare un bassin ou une réserve d’eau ne transporte pas l’eau d’ailleurs, ni n’espère en l pluie pour les remplir ; il découvre une source d’eau vive et jaillissante qu’il conduit par des canaux souterrains vers son réservoir. De cette règle fondamentale, il découle que pour bien instruire la jeunesse, il ne faut pas farcir l’esprit d’un fatras de mots, de phrases, de maximes ou d’opinions glanées ça et là dans les livres, mais il faut éveiller l’intelligence comme une source d’où vont jaillir des ruisseaux qui nourriront bourgeons, fleurs, fruits auxquels succèdent de nouveaux bourgeons, de nouvelles fleurs et de nouveaux fruits. On n’a pas habitué jusqu’ici les esprits à puiser leur force, comme les jeunes plantes, dans leurs propres racines. On leur a greffé de petites branches arrachées ailleurs et on les a parés des plumes d’autrui comme le corbeau de la fable d’Esope. Les écoles n’ont pas eu pour objet de découvrir en eux la source cachée de l’intelligence, mais de les arroser des ruisseaux d’autrui. C’est-à-dire qu’on n’a pas mis les élèves en présence des choses, pas plus qu’on ne leur a montré comment les choses existent par elles-mêmes et en elles-mêmes, mais qu’on leur a fait voir seulement ce qu’ont pensé ou écrit sur telle ou telle question, divers auteurs. »
(ch.XVIII)

 

 

 

 

 

 

 

                       

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